Maurice Rapin fut toujours un être brillant et chaleureux.
Il fit des études de mathématiques d'un très
haut niveau ; fut très jeune licencié es Sciences.
Il entra au Laboratoire d'anatomie et d'histologie comparée
de la Sorbonne. Sa thèse soutenue avec succès
concernait " le métabolisme des porphyrines
observé au moyen du microscope à fluorescence
" ! Tout au long de sa carrière, il fut un professeur
très apprécié de ses élèves.
Même dévoreuse de temps, cette carrière
ne le détourna jamais d'une autre passion encore
plus dévorante, la peinture.
Dès l'enfance, Maurice Rapin se passionna pour
les images. Très jeune encore, il devint proche des
Surréalistes, exposa à la galerie " A
l'Etoile scellée ", publia des textes théoriques
dans " Médium, Informations surréalistes
". Au fil des années, il développa une
uvre picturale originale, basée sur une rigueur
toute mathématique, et néanmoins chaleureuse,
vivante et colorée. Il fut un amateur de musique
très doué.
En 1954, il épousa Mirabelle Dors, émigrée
roumaine ; et désormais, leurs deux destins furent
liés dans une recherche artistique à la fois
personnelle et commune : l'une de leurs premières
manifestations de rébellion fut leur rupture avec
les Surréalistes car ceux-ci défendaient une
figuration qui ne leur convenait pas ; et leur rapprochement
de Magritte dont ils furent, pendant deux décennies,
les amis fidèles. Ils commencèrent également
une correspondance qui dura pendant des années avec
Alfred Courmes, Clovis Trouille, etc. En 1977, ils publièrent
" Trompe-L'il provoqué " ; en 1978,
" Peindre comme on dessine et dessiner comme on écrit
". Des centaines de publications suivirent : "
Figuration numérique " ; " Populaire surréaliste
" ; " Idées au logis " ; " Futuritions
" ; " Aporismes ", etc.
Ayant sans ambiguïté pris leurs distances
pour parvenir à une marginalisation libératoire,
ils se lancèrent dans des inventions picturales et
littéraires très originales. Artistes d'un
talent et d'une imagination toujours en éveil, ils
renoncèrent à des carrières qui s'annonçaient
brillantes, et se tournèrent vers les autres. Délaissant
définitivement les voies officielles, ils décidèrent
de donner la parole au plus grand nombre d'artistes. Pour
ce faire, ils créèrent à Paris des
" collectifs ", (au Dolmen, restaurant de la gare
Montparnasse, au Ranelagh, etc.). Désormais, la houle
ne se calma plus. Mirabelle Dors devint la première
femme Présidente de la Jeune Peinture (celle du début),
dont elle démissionna pour échapper à
l'ambiance non constructive qui y régnait. Elle créa
en 1978 FIGURATION CRITIQUE dont, jusqu'en 1994, elle fut
Présidente et Maurice Rapin Secrétaire général
et Trésorier. Désintéressés,
Maurice Rapin et Mirabelle Dors le furent toujours, dépensant
sans compter leur argent personnel lorsque les cotisations
qu'ils voulaient des plus modiques, ne payaient pas le catalogue
et les frais du Salon. Animateurs intelligents, soucieux
de donner à ce salon une envergure internationale,
ils accompagnèrent leur manifestation annuelle de
catalogues qui portèrent témoignage de leur
esprit contestataire et de leur militantisme à la
fois politique (en particulier à l'égard du
Ministère de la Culture stérilisateur et élitiste)
et pictural.
"C'est dans ce contexte qu'il faut situer le rapprochement
entre les deux hommes, Trouille et Rapin refusant alors
de suivre André Breton et quelques-uns de ses proches
dans la reconnaissance de la peinture abstraite et notamment
du " tachisme ", qui modifia un temps, au début
des années cinquante, le paysage de la peinture surréaliste.
Contre ce qu'il qualifiait de défiance, Maurice Rapin
réaffirma la valeur de la figuration dans son aspect
subversif et critique, tenant l'uvre de Clovis Trouille,
comme celle d'Alfred Courmes d'ailleurs, deux peintres trop
peu connus encore, ou celle de René Magritte avec
qui Maurice Rapin échangea de 1955 à 1958
une longue correspondance, comme exemplaires. "
Xavier Canonne, extrait de l'avant-propos